Alliance Agraire
15. juin 2021

Après les votations: Résoudre les problèmes et convaincre les gens

Nous savons depuis dimanche soir comment le Souverain de notre pays s’est positionné au sujet des initiatives sur l’agriculture. Ce qui avait commencé il y a quatre ans par la récolte de signatures est arrivé à son terme avec les derniers appels à voter. Les affiches pour et contre les initiatives peuvent être décrochées, les drapeaux enroulés et les autocollants enlevés. Mais que reste-t-il?

Que reste-t-il d’une campagne de votation qui a tellement échappé à tout contrôle que les opposants comme les partisans ont dû appeler à la modération? Que reste-t-il des affiches, des drapeaux et de toute la campagne? Pour faire court: Une grosse gueule de bois. Pour expliciter: Quelques constats sur les discours lacunaires tenus sur l’agriculture, une trajectoire de réduction pour les pesticides et les excédents de nutriments, et une discussion sur les possibilités d’encourager le développement d’habitudes alimentaires saines et de systèmes de production durables tout en diminuant les incitations agropolitiques erronées.

L’émotionnalité des débats sur ces initiatives a bien démontré la puissance des sentiments de consternation et d’identification avec et au sujet des thèmes de l’alimentation, de l’agriculture et de l’environnement. C’est donc là une chance énorme pour tous les agriculteurs et agricultrices ainsi que pour tous les consommateurs et consommatrices. Nous avons en effet – tous – plus que jamais besoin d’un dialogue honnête et sincère sur ce que l’agriculture est, peut et devrait être. J’entends par là un dialogue sérieux, pas la transmission de propagandes politiques. L’agriculture est une affaire complexe, qui se passe dans la nature et dont les évaluations et pesées d’intérêts doivent être explicitées.

Le ton des débats n’a cessé de monter au fil du temps, et cela n’a pas amélioré l’acceptation des initiatives. Au contraire: En 2018, quelque 70 % des personnes interrogées voulaient approuver les deux initiatives, et à la fin il n’y en avait plus qu’une quarantaine de pourcents. Une partie des votants s’est donc visiblement laissé convaincre que les problèmes de surplus de nutriments et de pesticides ne pouvaient pas être résolus avec ces initiatives populaires mais plutôt avec l’initiative parlementaire (Iv.pa.) 19.475 «Réduire le risque de l’utilisation de pesticides». Les mandats de cette Iv.pa. sont clairs: Les pertes d’azote et de phosphore doivent être réduites de 20 % d’ici 2030 et les risques liés à l’utilisation de pesticides de 50 % d’ici 2027. Les propositions du paquet de mesures pour l’eau propre sont ambitieuses, globalement correctes et ne viennent en tout cas pas trop tôt. Elles soutiennent les efforts de l’agriculture et de l’agroalimentaire pour tenir les promesses qui ont été faites. Cela est plus nécessaire que ça ne l’a été depuis longtemps pour rétablir une certaine confiance dans la politique.

Et cela montre bien que, ce dimanche de votations, deux mégaprojets concernant la politique agricole ont été balayés parce qu’il faut simplifier la tâche des consommatrices et des consommateurs pour faire des choix plus durables et plus sains. Les organisations labellisatrices, la transformation et le commerce des denrées alimentaires joueront das ce contexte un rôle actif. Et la politique est aussi appelée à réagir – elle doit intervenir pour réguler ce qui doit l’être sans pour autant affaiblir les propres initiatives des différents secteurs et partenaires commerciaux. Car les projets qui ont abouti montrent déjà aujourd’hui clairement non seulement que ce n’est qu’ensemble qu’on peut résoudre les problèmes, mais aussi que les gens sont réellement galvanisés par la perspective d’aller vers davantage de durabilité, de santé, d’équité de de bien-être des animaux.

Cet article a été adapté. La version originale a été publiée avant les votes dans le BauernZeitung du 11 juin 2021.